Mawa Traoré se confie dans une interview exclusive après son concert à Londres.

Une semaine après son spectacle à Londres, Mawa Traoré nous parle de son séjour londonien, de ses projets et met les points sur les i sur certaines rumeurs.

Mawa Traoré, en toute confidence

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Bonsoir Mawa,merci de nous recevoir.Comment se passe votre séjour parmi nous à Londres ?

Bonsoir à vous et c’est un réel plaisir de vous recevoir.

Avant tout, je voudrais saluer toute la communauté ivoirienne et mes fans pour le séjour agréable qu’ils me font passer.

J’apprends tous les jours quelque chose et les visites ne manquent pas. C’est la première fois que je séjourne à Londres et franchement, je ne le regrette pas, car je sens cette chaleur africaine partout où je me rends chez les uns et les autres. J’ai l’impression d’être auprès de ma famille en Côte d’Ivoire.

 

On rappelle ici, que vous avez été à Londres, à l’occasion d’un concert organisé par une structure événementielle auquel vous étiez l’artiste principale. Quel bilan pouvez-vous tirer de votre prestation à cette soirée là ?

 

Je voudrais ici, remercier les autorités ivoiriennes dans ce pays, à savoir l’Ambassade de Côte d’Ivoire près le Royaume-Uni et l’Irlande du Nord, à la Diaspora Ivoirienne UK, à la structure événementielle Médina Productions, qui ont fait mains et pieds pour me faciliter les contraintes administratives liées à l’obtention du visa et me permettre d’effectuer un bon voyage.

Pour revenir à votre question, je peux dire que le bilan est positif. J’ai donné comme d’habitude, le meilleur de moi sur scène et le public venu pour le concert, a communié dans la joie avec moi. J’ai trouvé un public chaleureux auquel je ne m’attendais pas et nous avons chanté et dansé ensemble. Il y a eu un vrai partage entre lui et moi. Je regarde un souvenir merveilleux de cela.

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Revenons un peu à votre carrière musicale, pouvez-vous nous expliquer comment êtes-vous venue à la musique ?

Je vous remercie pour la question. J’ai juste emboîté le pas à ma mère, qui elle, était une grande chanteuse.

Pour la petite histoire, ma mère était une grande chanteuse comme dit plus haut et était dans le Goumé du lion d’or à Man. Mon père était farouchement opposé au fait que je chante.

Dans la tradition, les Camara ont le droit de chanter et non les Traoré. Et comme je suis une Traoré, mon père ne voulait donc pas que je chante, pour respecter la tradition.

Un jour, un duel a opposé le Goumé du lion d’or et un autre groupe. Le duel était, aussi bien en chants qu’en danses à son sommet. Les supporters du groupe de ma mère scandaient mon nom pour que je vienne danser ; puisqu’on me connaissait comme danseuse.

La griotte à commencé à me faire un « atalaku », je suis venue près d’elle, j’ai pris mon courage à 2 mains, et j’ai commencé à chanter au lieu de danser.

La foule était admirablement surprise, pendant que je chantais, j’ai senti quelqu’un m’attraper la main et me la lever en signe de bravoure.

C’était mon père qui était en compagnie de son ami. Il me remit ce jour là, 2500frs CFA et son ami, 1500frs CFA.

Mais prise de panique, j’ai stoppé de chanter et suis rentrée immédiatement à la maison.

J’ai dit à ma grand-mère, auprès de qui je me réfugia, que mon père me frappera dès qu’il rentrera à la maison parce qu’il m’a surprise entrain de chanter.

Je me suis mise à pleurer et ma grand-mère me calma.

Le lendemain, ne me voyant pas à l’heure du petit déjeuner, mon père me fit appeler et devant le monde, il s’adressa à moi en ces termes :

-Mawa, toi, tu n’es pas allée loin à l’école, le seul don que Dieu t’a donné, c’est celui de chanter, je pense. Je ne vais donc pas t’empêcher de faire ce que ton cœur désire et te donne toutes mes bénédictions.

Aujourd’hui mon père n’est plus, paix à son âme, seule ma mère est encore de ce monde. Voilà comment je suis venue à la chanson.

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Combien d’albums avez-vous sortis en tant que chanteuse ?

Avant de sortir mon premier album, j’animais les mariages et les baptêmes, je le fais encore jusqu’à présent.

J’ai sorti mon premier album en 1995, intitulé Moyayo qui est passé complètement inaperçu.

Découragée de cet insuccès, je m’étais résolue à ne continuer qu’à animer les mariages et les baptêmes, car cela me faisait une entrée d’argent non négligeable.

Un jour, Tonton Bouba est venu me voir avec Evariste Yacé. Ils ont souhaité me donner un coup de main afin que je sorte un album. Mais j’étais toujours sous le traumatisme de l’insuccès du premier que par politesse, je leur donna mon accord de principe.

J’ai repris contact avec eux, 2 ans après. Je suis rentrée en studio, j’ai sorti mon 2ème album intitulé Youmalili Conon, qui a connu un grand succès.

Ensuite, s’en sont suivis d’autres, pour être aujourd’hui à mon 6ème album.

Quel bon souvenir de votre carrière musicale pouvez-vous nous raconter ?

Lorsque j’ai sorti l’album « Conon », j’étais assise chez moi un jour, entrain de regarder la télévision, que j’entends par la voix de l’animateur Claude Tamo, que j’avais été choisie pour représenter la Côte d’Ivoire en Afrique du Sud pour les Awards de la musique africaine.

Je n’y croyais pas. Le soir même, je n’ai pu fermer l’œil.

2 semaines après l’annonce, j’ai reçu un fax me confirmant que je faisais partie des nominés aux Awards africains en Afrique du Sud. J’ai pu rencontrer ce jour là, tous les plus grands artistes africains du moment. J’ai même eu à prendre des photos avec Mickael Jackson, Nelson Mandela, etc… présents à cette fête, ce jour là.

Cela a été un moment inoubliable pour moi, même si, je ne suis pas revenue au pays avec un prix, je ne regrette pas tout ce temps passé au milieu de mes collègues artistes et des invités de marque.

 

On reproche aux artistes, un peu comme vous, qui ont choisi de ne chanter que dans leur patois, de ne pas vouloir s’ouvrir aux autres sonorités musicales, est-ce votre cas ?

Non je ne pense pas. Dans mon avant dernier album, j’ai pensé aux jeunes en mettant une chanson de coupé-décalé, et dans mon dernier album, j’ai voulu toucher un public plus élargi, où tout le monde se retrouverait par des sonorités diverses.

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Vous savez que nous ne pouvons parler de tout, sans avoir un regard sur ce qui se passe en Côte d’Ivoire. Nous n’allons pas ici, faire la génère de la crise, mais pensez-vous, que vous les artistes, avez joué votre rôle dans le cadre de la sensibilisation des populations ?

Oui je pense que certains l’on fait, ou du moins, ont essayé. Mais aujourd’hui, force est de reconnaître que beaucoup d’artistes se sont jetés dans la politique.

Comment dans ce cas de figure, des campagnes de sensibilisation peuvent être faites correctement ? Comment la réconciliation peut être effective entre les populations, si nous-mêmes ; entre artistes, nous ne sommes pas unis ?

Lorsque la guerre à commencé, j’étais à Abidjan. Je l’ai vue débuter et l’ai vue prendre fin. J’ai donc vécu les évènements du début à la fin. Je n’ai jamais eu peur autant de ma vie. Chacun de nous, peut faire sa part dans le processus de réconciliation, nous n’avons forcément pas besoin que les artistes soient au devant des choses.

Nous avons tous perdu quelqu’un ou des biens dans cette guerre. Raison pour laquelle, chaque fois que l’occasion m’est donnée, j’adresse toujours un message d’amour et de paix à mon public. Sans la paix, on n’y peut rien.

J’ai moi aussi, reçu la visite de militaires chez moi, je vous épargne le film, mais j’ai été choquée. Si je me permets de faire une lucarne là-dessus, je veux tout simplement dire que nous avons tous été victimes de vol, de persécution, d’agression t et j’en passe.

Mais la vie doit continuer, nous n’allons pas toute la vie rester à nous haïr ?

Que vont devenir les futures générations, nos enfants, si nous nous refusons à nous parler, à nous rassembler et à nous unir maintenant. Je veux retrouver ce bon vieux temps, où tous, nous mangions dans la même assiette. La réconciliation est avant tout, un acte individuel vers l’autre, bien avant qu’elle ne soit générale.

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Que se passe t-il entre vous et Aïcha Koné ? 

Il n’y a rien du tout. Si vous faites allusion aux petites incompréhensions qu’il y a eu entre Aïcha et moi, lorsque j’ai sorti mon album “Conon”, c’est bien du passé. Aïcha Koné est une grande sœur à moi et je lui dois respect. La preuve, lors de mon dernier concert en Guinée, lorsque j’ai eu écho qu’elle était dans la ville, j’ai été la saluer chez elle après le concert. C’est la Diva et en plus ma grand-soeur, je ne peux prétendre prendre sa place.

 

Parlons un peu des artistes, on va dire que vous, vous avez la chance de pouvoir manger à votre faim, de vous soigner et de voyager, mais il y en a qui n’arrivent pas à joindre les 2 bouts, qui rasent les murs pour se nourrir, certains meurent parce qu’ils ne peuvent pas payer leurs soins médicaux. Leurs droits d’auteur sont bafoués, que pensez-vous dire du travail que fait le Burida (Bureau Ivoirien des Droits d’Auteurs)

Franchement je ne souhaiterais pas m’étaler sur la question. Je pense que c’est un sujet très complexe et souffrez donc que je n’y réponde pas.

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Que pouvez-vous dire alors des artistes qui sont obligés de faire des SOS pour que la population leur vienne en aide, pensez-vous que cela est juste ?

 

Non ce n’est pas juste. Mais je veux dire à ce propos, que nous les artistes, nous devons nous prendre au sérieux et je l’ai à maintes reprises, répété lors de nos réunions.

Nous devons avoir la culture de l’épargne. Je prends un exemple, j’ai un concert et je signe un contrat de 50.000 cfa CFA. Après le concert, je ne vais pas dépenser la totalité de mon cachet, je dois en déposer une partie à la banque et beaucoup de mes collègues ne le font pas. Ils vivent au jour le jour lorsqu’ils ont des « gombos ». Ce n’est pas responsable.

Sinon je suis comme tous les autres artistes, je ne suis pas riche. Il suffit de savoir préparer son lendemain.

 

Comme mot de fin, quel message voudriez-vous adresser à tous les ivoiriens ?

 

Je voudrais remercier encore les autorités ivoiriennes au Royaume-Uni qui m’ont permise d’être ici. Remercier aussi tous mes fans qui sont venus au concert, à vous aussi ukivoire.com, pour le travail que vous faits pour la communauté.

Dire à tous les ivoiriens que nous devons maintenant sécher nos larmes car nous avons trop pleuré nos morts. Chacun doit aller vers l’autre et lui tendre la main pour ramener la paix dans notre pays.

Merci infiniment à tout le monde et espère revenir très bientôt.

Je vous remercie.

 

Interview réalisée par Charles AZZICOH

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